Nucléaire : poursuivre ou sortir ? Depuis la catastrophe japonaise, les prises de positions se multiplient. Dans un premier temps, un peu plus de retenue et de compassion n’aurait pas été inutiles face au drame que traverse le peuple japonais. Aujourd’hui, il est légitime et indispensable que le débat démocratique soit mené. Il est clair qu’après cette catastrophe, plus rien ne sera comme avant. Le débat sera long et nous ferions bien de ne pas apporter de réponses trop simples à des questions complexes. Mais ce n’est pas parce le nucléaire est une question stratégique et sensible qu’il faut l’enlever des mains du peuple, comme c’est le cas depuis trop longtemps. Nous n’ignorons rien des enjeux historiques qui entourent le nucléaire : la volonté d’indépendance autant que la recherche de puissance militaire. Autre temps, autres ambitions. Le culte du secret n’est plus tenable dans une société qui entend se réapproprier le pouvoir de choisir.
Le choix du nucléaire doit être un choix consenti par les citoyens. Ce débat, qui doit être le plus large possible, doit être conduit avec sang froid et responsabilité. Il faut évidemment mettre sur la table de la démocratie l’ensemble de la question énergétique qui ne peut plus se décider dans le champ clos des ministères, des industriels et des militaires. Seul un débat libéré peut rompre le cycle de défiance vis-à-vis de la politique qu’une infantilisation prolongée entretient.
La catastrophe de Fukushima n’est pas un événement isolé. Elle fait suite à différents accidents énergétiques et marées noires (la dernière toucha le Golfe du Mexique en 2010). Elle est surtout le signe que nous sommes devenus des toxicomanes énergétiques de plus en plus dépendants, et cette toxicomanie énergétique (pétrole, électricité, énergies fossiles, nucléaire) produit aujourd’hui ses conséquences : le déclenchement en même temps de toutes les crises. Crise économique, soutenue par la flambée des prix du pétrole, crise géopolitique de la dépendance qui amène de véritables scandales comme le long soutien à des régimes arabes corrompus jusqu’à l’os, contre leur pétrole ; ou l’extrême fragilité face à la Russie qui a le doigt sur la vanne du gaz. Crise écologique, enfin, puisque les scientifiques annoncent la sixième grande extinction des espèces naturelles et animales. Toutes les crises se tiennent et ont la même origine.
C’est pourquoi le mouvement Des Idées et des Rêves défend la mutation écologique : une écologie populaire mettant chacun en situation d’être l’acteur de son propre changement de comportement. Ce comportement qu’il faut changer, c’est celui de la surconsommation – dans le domaine de l’énergie comme dans tous les autres. Ce modèle épuise la planète, provoque les crises, accroît les prix, assèche les porte-monnaie et ne mène pas au bonheur. L’abondance et la débauche énergétique ne sont plus synonymes de prospérité. Au contraire, le coût de notre modèle de consommation est devenu exorbitant : la marée noire du Golfe du Mexique coûtera 40 milliards. Le coût des catastrophes nucléaires est aussi démentiel : 5% du territoire ukrainien est devenu inutilisable après Tchernobyl.
La priorité est donc la baisse de la consommation d’énergie en France. La frugalité n’est pas une punition, mais une autre façon de conduire nos vies. Pour cela, il faut engager toutes les mesures possibles : rénovation du bâti, transports publics, filières courtes et agriculture locale, développement des énergies renouvelables. Cette mutation écologique n’est toutefois pas la décroissance. La France doit au contraire recommencer à produire, notamment les technologies industrielles vertes. Produire, mais produire autrement, en concevant la production sur le mode d’un cycle, où les déchets des uns deviennent les matières premières des autres sans prélèvement supplémentaire sur l’environnement. Le consommateur n’est pas l’adversaire du producteur.
Ensuite, il faut reconnaître que le nucléaire, comme toutes les autres sources d’énergie non reproductibles, ne peux qu’être une solution transitoire. Chacun sait bien qu’on en sortira, à un moment ou à l’autre. L’important aujourd’hui et dans la prochaine législature est de le remettre à sa place, c'est-à-dire ne plus en faire la base de notre production énergétique que l’on complète par des énergies renouvelables. C’est possible en harmonisant les réseaux européens, pour intégrer le vent du nord et le soleil du sud et ainsi minorer la part du nucléaire. Poser la question du nucléaire, c’est aussi briser le tabou d’une énergie bon marché. Coût du risque, de la construction des centrales, de leur démantèlement, de la gestion des déchets doivent être pris en compte. Il faut donc hisser notre société par-dessus l’horizon du nucléaire et envisager la suite car le nucléaire est dépassable. Tout ne se fera pas immédiatement, mais il est du rôle des transformateurs d’initier une politique du temps long.
1. La priorité numéro un est la réduction de la demande en énergie qu’elle que soit la source de production. Nous défendons une société de la frugalité heureuse, avec la lutte contre la surconsommation et changement climatique comme cap.
2. Les efforts de recherche doivent se réorienter massivement vers les énergies renouvelables, les énergies futures, et l’efficacité énergétique.
3. Il faut à court terme organiser la transition énergétique. A l’horizon de la législature 2012-2017, cela signifie la diminution progressive de la part d’énergie d’origine nucléaire dans le mix énergétique. Il faut donc mettre un terme au « tout électrique », la conséquence historique du choix du nucléaire.
4. Notre investissement dans le nucléaire doit être réalisé en multipliant les normes de sécurité (en matière sismique, d’inondation ou de pénurie d’eau). Cette sécurité a un prix, nous devons nous y contraindre. L’audit prévu de nos centrales s’effectue réacteur par réacteur, notamment sur les générations de centrales arrivant en fin de vie, de manière totalement transparente et pluraliste ;
5. Les projets de recherche sur l’énergie, de type ITER, doivent être sélectionnés selon une analyse transparente de leurs coûts, et de leurs bénéfices possibles dans le temps. En tout état de cause, le nucléaire ne peut être qu’une énergie de transition.
6. Les politiques publiques de l’énergie doivent être comparées. A l’heure ou la filière photovoltaïque a été détruite par la baisse des tarifs de rachat pour cause d’économie budgétaire, les projets nucléaires en cours (EPR) ne peuvent être exemptés d’évaluation.
Notre pays doit se poser les bonnes questions. Le nucléaire a représenté un moment de notre histoire industrielle. Il faut maintenant préparer la prochaine épopée et pourquoi pas y associer nos fleurons industriels en le faisant muter. C’est un choix de société important et ce n’est que par la démocratie qu’on le tranchera.
Le Mouvement "Des Idées et des Rêves", un mouvement rose-vert avec Arnaud
Montebourg