La BCE doit prêter aux Etats membres de l’UE

La BCE doit prêter aux Etats membres de l’UE

 Quel doit être le rôle de la BCE ? La Rédaction des idées et des rêves ouvre le débat.


Les impasses des politiques économiques libérales

Depuis le traité de Maastricht (1992), la possibilité pour la puissance publique de prêter aux Etats est fortement limitée. Cette interdiction faite à la BCE est rappelée par les articles 101 et 102 du traité de Lisbonne. En France, cette interdiction date de 1973. Autre temps, autre mœurs mais il faut rappeler que, durant les Trente Glorieuses, la France a connu trente années de croissance en permettant le financement de l’Etat par la Banque Centrale, à coût réduit. Puis est venue la crise, la contestation du keynésianisme, l’école de Washington emmenée par Milton Friedman et les néolibéraux portés au pouvoir avec Reagan et Thatcher. Toute intervention publique devait proscrite. Ils ont alors confié les clés de l’économie mondiale aux marchés financiers. Permettre aux banques centrales de financer les Etats c’était, paraît-il, la porte grande ouverte aux déficits. Voilà plus de trente ans que c’est interdit et nos Etats n’ont jamais eu une dette aussi importante (84% du PIB en France, 80% en Irlande, 79% au Royaume-Uni) !


Une situation hypocrite qui ne bénéficie qu’aux banques

De plus, l’interdiction de financement direct des Etats par les banques centrales s’avère totalement hypocrite. En réalité, les banques centrales refinancent quotidiennement les Etats membres, via les établissements de crédits privés. En effet, sur le marché interbancaire, la banque centrale prête aux banques privées à des taux inférieurs à 1% (selon les taux directeurs de la BCE), et ces mêmes banques privées prêtent ensuite aux Etats. Mais au taux minimum de 2,5%. Quand celles-ci n’on pas confiance en un Etat, les taux s’envolent : la Grèce doit chaque année plus de 11% à ses créanciers, l’Irlande rembourse à des taux d’intérêt de 8% et le Portugal s’approche de 7%. En clair, les banques privées dégagent une marge supérieure à 150 % sur les titres allemands et voisine de 400 % sur les titres portugais ! Qui dit mieux ? Tout cela sans le moindre risque, puisque l’Union Européenne ne peut pas laisser un pays faire faillite. Les banques peuvent dormir tranquillement, il y aura toujours quelqu’un pour rembourser. L’Europe est bien solidaire et protectrice, mais des banques… Car à qui revient l’argent prêté à l’Etat grec ? Aux Grecs dont les salaires baissent et qui doivent avaler l’insupportable potion de la rigueur ? Non ! L’argent est prêté à la Grèce pour qu’elle rembourse ses créanciers, c'est-à-dire les banques européennes comme la BNP !


Il faut donc permettre à la BCE de financer directement les Etats, sans passer par les marchés financiers. C’est une idée que porte également l’économiste Frédéric Lordon. Les titres publics doivent être protégés de la spéculation. En période de crise, un tel financement direct ne créera de l’inflation que marginalement. Néanmoins, il est nécessaire de poser des limites : ce financement direct ne peut servir aux Etats membres pour se dédouaner de leurs responsabilités en matière budgétaire et continuer à creuser indéfiniment la dette. Ainsi, ce financement direct devra se limiter aux investissements d’avenir et non pour le financement des dépenses passées mal ajustées, des baisses d’impôts décidées pour satisfaire une clientèle électorale, ou pour retarder les nécessaires réformes liées aux vieillissement de la population. Nous redonnerons ainsi à l’euro sa mission politique et productive au service des investissements d’avenir et des citoyens d’Europe. L’enjeu excède donc l’économie, c’est une affaire de démocratie.
 

La Rédaction des idées et des rêves

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