En France, nous n’avons toujours pas de pétrole, mais nous avons des idées, hélas pas forcément très heureuses. Un exemple ? Une des dernière décisions de Jean-Louis Borloo, avant de quitter le ministère de l’Ecologie : autoriser des prospections, sur près de 9700 km2 – l’équivalent d’un grand département – pour repérer une éventuelle présence de gaz non conventionnel, du type gaz de schiste, sur notre territoire. Les coûts environnementaux d’exploitation d’une telle forme d’énergie, nichée à environ deux mille mètres sous la surface terrestre, sont pourtant considérables.
A l’heure où le prix du pétrole bat des records, toutes les sources d’énergie alternative sont étudiées.
Aux Etats-Unis, depuis 2001, la recherche d’une énergie pouvant se substituer à l’or noir s’est traduite par l’exploitation du gaz de schiste. Ce gaz non conventionnel, qui ne représentait en 2006 qu’1% de l’énergie utilisée aux Etats-Unis, pèserait aujourd’hui pour 17% de leur consommation énergétique.
Il est vrai que ce type de gaz a des allures de nouvel eldorado : l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que 250 Tm3 de gaz non-conventionnels seraient exploitables sur notre planète, ce qui correspondrait à un siècle de consommation énergétique.
Comme son homologue américain, la France s’est donc lancée à la recherche de cette nouvelle forme d’énergie et le ministère de l’Écologie a attribué à Total et à un groupe texan associé à GDF Suez, des permis d’exploration sur une zone s’étendant de Montélimar (Drôme) à Montpellier (Hérault). Cette décision intervient alors que certains Etats américains, dont celui de New York, ont décidé de suspendre l’extraction de ce gaz, tant que l’Agence de protection de l’environnement n’a pas rendu son rapport sur les risques écologique provoqués par l’exploitation de cette ressource.
En effet, la profondeur à laquelle est située cette forme de gaz non-conventionnel rend son extraction très complexe, et très partielle.
Pour l’exploiter, il faut briser la roche à l’aide d’environ 15 millions de litres d’eau comprimés, auxquels est ajouté un mélange de près de cinq cents produits chimiques. Seuls 8 à 30% des gaz contenus dans les sols forés parviennent à être ainsi récupérés.
Or les zones qui seraient concernées en France par cette exploitation sont fréquemment en manque d’eau, le risque est donc d’assécher ces territoires pour une exploitation qui n’est pour l’instant pas efficace. Cette difficulté d’extraction exige également de lourds matériaux, qui vont défigurer définitivement les paysages, alors que l’exploitation de ce type de gaz se limite généralement à huit années.
Mais le risque principal, mal maîtrisé à l’heure actuelle, est celui posé par la possible contamination des nappes phréatiques et donc de l’eau potable. Dans un village du Wyoming – situé dans une zone d’exploitation - l’Agence américaine de protection de l’environnement a relevé la présence d’arsenic, de cuivre et d’autres éléments cancérigènes dans l’eau potable. L’étanchéité supposée du système d’extraction serait insuffisante pour protéger les populations d’une contamination.
De plus, l’utilisation des gaz non-conventionnels comme nouvelle ressource énergétique, en substitution au charbon et au pétrole, pourrait avoir un impact considérable en terme de réchauffement climatique. La difficulté d’extraction de ce gaz serait encore une fois responsable d’une importante pollution atmosphérique. Pollution atmosphérique qui, ajoutée au risque de contamination des nappes phréatiques, rend cette énergie trop dangereuse pour constituer une ressource d’avenir.
La France doit aujourd’hui repenser sa politique énergétique. Il ne s’agit pourtant pas de s’engager tête baissée dans des alternatives plus risquées et plus polluantes, mais de réfléchir à un véritable plan d’essor des énergies renouvelables, afin de limiter notre dépendance énergétique et d’instaurer un véritable développement durable.
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