Cent propositions

Une carrière dans l’anti-fraude financière

Mes rapports avec les dérives de la finance ont commencé avec la mission d’information parlementaire sur paradis fiscaux, dont j’étais rapporteur. Ayant connu la misère des prisons et la dureté de l’institution judiciaire pour le citoyen ordinaire, j’ai conçu une constante répulsion devant l’injustice d’une République qui proclame pompeusement le jour l’égalité de tous devant la loi, et organise la nuit les privilèges pour puissants en tous genres en fermant les yeux sur les paradis fiscaux. Dès le début des années 2000, il m’était apparu que la non-remise en ordre du capitalisme financier débridé nous conduisait vers des crises économiques et surtout sociales. Aujourd’hui, la crise financière est là, toujours plus dure pour les peuples. Jusqu’où ira notre tolérance ou notre complaisance vis-à-vis du système financier ?

 

Cette situation est notre faillite

Ces 30 dernières années, nous avons failli. D’abord, faute de solutions, nous nous sommes résignés à accompagner les évolutions d’un capitalisme toujours plus puissant. Une génération politique entière à la tête des principaux Etats a renoncé à exercer son propre pouvoir, se persuadant que les banquiers et les investisseurs étaient les mieux placés pour gérer les risques financiers, comme si les contrebandiers, parce qu’ils passent souvent la frontière, étaient mieux à même de la contrôler !

 

La crise a-t-elle changé la donne ?

Certainement pas. Le marché est encore plus dérégulé qu’avant la crise. On refuse de réformer le système. Un sujet domine les autres, le trading à haute vitesse, c'est-à-dire la forme ultime de la spéculation. Les financiers veulent gagner de l’argent en un clic, sans le moindre contrôle. Demain, ce qui s’est passé à Lehmann Brothers peut se reproduire.

 

Des lois sécuritaires sur la finance

Il faut désormais agir pour transformer le système financier. Notre vie quotidienne est remplie d’interdits de toutes sortes, ne pas fumer ici, ne pas rouler trop vite. Et les sanctions tombent. Quant à la finance, c'est l'inverse : toujours moins de contraintes, toujours moins de règles. Il est temps qu'elle soit aussi sous contrôle pour ne plus jouer contre les peuples. L’enjeu du prochain socialisme est donc de s’extraire des vieilles recettes, comme l’incantation, qui est sans effet, ou comme la résignation, qui est sans conséquence, pour proposer des lois sécuritaires sur la finance.

 

Principes clairs et propositions concrètes

Les principes sont clairs : gérer le risque et y accoler la responsabilité. Encadrer les pratiques et proscrire celles qui menacent directement les peuples. Mettre la finance au service de l’économie et de la société. Réguler ne consiste pas seulement à faire tomber le couperet de la sanction. Il ne s’agit pas de tailler brutalement dans les profits des investisseurs, mais d’aiguillonner ceux-ci sur la voie de pratiques utiles et plus responsables, car la finance est nécessaire et il serait inconséquent de diaboliser les financiers dans leur ensemble. Nous pouvons refermer une parenthèse dérégulatrice trop longue de vingt années.

 

Les grands exploits sont la conquête de ce qui semblait impossible

L’ensemble des ces propositions heurtera les sceptiques qui invoqueront l’impossibilité d’agir dans un seul pays, le cadre national trop étroit pour soumettre la finance aux intérêts généraux de l’économie. On tentera de nous gouverner par la peur, en agitant le spectre de la désertion des capitaux. Mais une zone économique mieux régulée ne fait pas fuir les investisseurs. Tout au contraire, la sécurité des placements les rend attractifs. La rentabilité des placements tient aussi de la qualité et de la clarté des règles en vigueur. Oui, la France peut prendre l'initiative et faire converger les Etats qui partagent les mêmes valeurs autour d'une autre vision de la régulation de la finance.

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